J’aborde ce problème avec une complète liberté de pensée et avec lucidité, en refusant de rester dans les sentiers battus d’une bien-pensense simpliste qui nous moralise tous les jours avec le problème du déclin des abeilles et de mortalité… En clair je refuse de rester au stade d’une “réflexion” consistant à dire qu’il n’y a que des méchants paysans empoisonneurs et des gentilles abeilles qui meurent…

Avant toutes choses, cette réflexion n’est que le fruit de mon expérience individuelle. Je ne nie pas les problèmes de mortalité que rencontrent malheureusement beaucoup de mes collègues. En revanche, et surtout en tant qu’historien, il m’appartient de nuancer les faits et de dire la vérité : dans mon cas personnel, en 20 ans de pratique, je n’ai jamais rencontré de problèmes de mortalité dans l’ensemble de mes ruchers.

Premier point

Il convient préalablement de différencier au niveau sémantique, pesticides et herbicides… J’entends trop souvent parler “de pesticides tels le round’up…” Le roud-up n’est pas un pesticide, mais un herbicide ! Or, un herbicide s’il est appliqué sur une plante en dehors de sa période de floraison ne cause pas de problème pour les abeilles puisque les abeilles butinent des fleurs ! Que l’on retrouve des traces d’herbicides dans les sols, les légumes où les fruits est un autre problème !

Le problème est complexe, et j’avoue ne pas avoir d’opinion tranchée quant à l’impact des pesticides sur les abeilles, quand ceux-ci sont appliqués avec les précautions élémentaires… En effet, je possède plusieurs ruchers :

– le premier situé à Charly en milieu rural : les abeilles sont entourées de cultures arboricoles, utilisant des pesticides. Il s’agit d’une agriculture raisonnée.

– le deuxième situé en plein centre-ville d’Oullins donc en milieu urbain (= pollution atmosphérique) face à la vallée de la chimie (donc avec Arkéma, Rhodia, Rhône-Poulenc, la raffinerie de Feyzin…)

– le troisième situé dans les Monts du Forez à 1000 mètres d’altitude, à la frontière du Parc Naturel Régional du Livradois-Forez, loin de toute culture intensive.

Le bilan après 20 années de pratique

Après 20 années de pratique de l’apiculture, dont 2 à titre professionnel, je constate que je n’ai JAMAIS eu aucun cas de maladie ou de mortalité ni aucune trace d’empoisonnement de mes abeilles par les pesticides, dans l’ensemble de mes différents ruchers.

Un rucher voisin situé à 500m à vol d’oiseau du mien à Charly a connu pendant l’hiver 2017-2018 près de 40% de mortalité. L’hypothèse d’un empoisonnement aux pesticides et/ou herbicides ne tient pas debout ! En effet, une abeille peut voler jusqu’à 3 kilomètres. Donc, s’il y avait eu un empoisonnement, mes abeilles auraient forcément été touchées, ce qui n’a pas été le cas.

Nous voyons ainsi que l’on relève des cas de mortalité dans un rucher situé à 500 mètres d’un rucher parfaitement sain, ce qui réfute totalement l’hypothèse d’un empoisonnement dû à des substances chimiques.

Le problème de mortalité des abeilles est cependant bien réel dans certaines régions, notamment productrices de maïs, ou d’oléagineux, mais il me semble que mettre le problème de la mortalité des abeilles dans certaines régions, uniquement sur le dos des pesticides relève d’une démarche excessive obéissant à un fort lobby bio. Les produits phytosanitaires peuvent menacer les abeilles lorsqu’ils ne sont pas appliqués correctement (erreurs de surdosage, traitement effectués sur des plantes en floraison etc…)

Les abeilles rencontrent d’autres problèmes

– Elles ont pour ennemi le varroa (le varroa étant un parasite issu de la famille des acariens, qui se nourrit des larves des abeilles, provoquant un effondrement des colonies).

A ce jour, je doute de l’efficacité des traitements bio pour détruire le varroa dans nos ruches.

Bayer (société chimique et pharmaceutique) est en ce moment même en train de tester un nouveau produit bio, assez prometteur, commercialisé depuis l’été 2017, censé détruire ces varroa.

Je compte tester un jour ce nouveau produit bio produit par Bayer. Si je le juge suffisamment efficace, je garde la possibilité de l’adopter.

Réduire Bayer à tueur d’abeilles, comme on l’entend fréquemment dans milieux écologistes est donc franchement réducteur, et traduit ainsi un manque de retenue et de connaissances.

– Autre ennemi de l’abeille : le frelon asiatique, prédateur de l’abeille. La seule solution à apporter à ce problème est de trouver les nids de frelon et de les détruire avant essaimage des reines. Par expérience, les ruches situées à proximité de cultures fruitières (pêchers, pommiers, poiriers etc.) sont moins impactées par les attaques de frelon asiatique, car ces parasites préfèrent aux abeilles le sucre des fruits abimés tombés au sol. Une fois de plus, nous constatons la nécessité de la coopération entre apiculteurs et paysans : nos arboriculteurs ont besoin de nos abeilles pour augmenter la pollinisation dans leurs vergers et nous apiculteurs avons besoin des fleurs de ces vergers pour nos abeilles.

A mon sens, la mortalité des abeilles relève d’un ensemble de différents facteurs

– lutte contre le varroa inefficace, nourrissement insuffisant surtout lors des périodes de sécheresse que nous rencontrons actuellement,

– problème d’épuisement des reines qui s’adaptent à des chaleurs estivales de plus en plus prolongées, en pondant beaucoup plus longtemps : à l’automne, les reines devraient ralentir drastiquement la ponte de leurs oeufs, ce qui n’est pas le cas avec les températures dignes d’un mois de mai que nous  rencontrons parfois fin octobre. Conséquence : les reines s’épuisent plus rapidement.

– problème du nourrissement avec certains sirops artificiels réalisés à base de maïs… Or l’appareil digestif de l’abeille est fait pour absorber du nectar de fleur, du miel et des pollens. Il n’est pas fait pour digérer des doses énormes de glucose, que nous sommes paradoxalement, obligés de leur administrer à cause de la sécheresse (sécheresse = peu de fleurs, et des fleurs dépourvues de nectar)

Enfin, pour finir, nous avons encore beaucoup à apprendre au sujet des perturbations dues aux ondes électro-magnétiques, qui peuvent peut-être, c’est une hypothèse, troubler les abeilles et leur comportement.

En guise de conclusion…

En guise de conclusion, je pense qu’en réalité, nous subissons les conséquences d’une mondialisation folle : il se suffit de se poser la question de savoir d’où viennent les invasions de varroa et de frelon asiatique : ces deux parasites ont été importés accidentellement, dans le cadre d’importations commerciales en provenance d’Amérique centrale pour le premier, de Chine pour le  deuxième.

Comme en toute chose, les excès sont mauvais en tout genre : il est absurde de passer un herbicide s’il n’y a pas de mauvaises herbes à détruire. De même, lorsque vous avez un rhume, il est inutile de prendre des antibiotiques, par contre si vous avez une septicémie, il vaut mieux en prendre…

De partout, dans tous les milieux et dans toutes les professions, il y a des gens intelligents et des abrutis. Il en est de même dans l’agriculture et dans l’apiculture. Certains apiculteurs payent les conséquences d’abus fait par des paysans peu scrupuleux, et d’autres payent les conséquences de leur pratique de l’apiculture pas assez rigoureuse en terme de lutte contre le varroa, suivi des reines, maîtrise du nourrissement et des essaimages…

Mon cheptel comprenant une cinquantaine de ruches, mathématiquement, je peux passer plus de temps auprès de chaque ruche, donc apporter plus d’attention à chaque colonie qu’un apiculteur possédant 400 ruches. Je peux ainsi avoir plus de temps à apporter à chacune de  mes ruches pour essayer d’affronter les différents problèmes que nous subissons…

C’est la démarche dans laquelle je m’inscris, une démarche d’agriculture raisonnée : des traitements chimiques oui, mais uniquement si nécessaire et le moins possible.

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